Certaines personnes – c’est peut-être votre cas – se font une idée erronée de ce que représente une Psychothérapie. Prenons quelques minutes pour déboulonner les vieilles croyances poussièreuses que nous entendons tous à propos des Psys et de leur travail.
Idée reçue n°1 : Les psys ne parlent jamais ils restent silencieux
Ce cliché du psy qui ne fait que vous écouter et marmonne « hmm-hmm » de temps à autre ne sort pas de nulle part, en effet. Beaucoup de praticiens, en particulier les psychanalystes Lacaniens et plus rarement, certains Freudiens restent silencieux.
C’est généralement bien moins souvent le cas des psychologues et psychothérapeutes, qui sont plus interventionnistes même si des exceptions existent toujours.
Pour ma part, j’interviens en séance. Je peux poser une question, rebondir sur un mot ou une phrase que le patient vient d’exprimer ou qu’il a exprimé la semaine passée et qui me semble faire sens avec la séance du jour. Je propose aussi des outils, ou quelquefois même une sorte de « devoirs à faire à la maison ». Bien sûr, les silences aussi ont leur rôle à jouer et il serait bien dommage voire même dommageable pour la thérapie de ne pas laisser leur place à certains silences fort constructifs.
Il est important pour moi d’expliquer en quoi les silences sont si importants et pourquoi il est nécessaire qu’ils aient lieu dans une séance.
- Les silences du thérapeute permettent au patient de se retrouver face à lui même.
- Ils induisent une certaine neutralité et une saine distance : le thérapeute n’est pas l’ami ou le confident; Il ne donne pas de conseils à proprement parler mais peut proposer des pistes d’évolution.
- Ils favorisent l’émergence d’idées et de ressources chez le patient pour qu’il puisse trouver ses propres solutions.
- Le silence pousse à aller plus loin, à faire tomber le masque social, à oser l’Intime.
- Le silence peut permettre à la dernière phrase dite de « flotter » dans l’air et dans la mémoire auditive du patient pour qu’il s’entende et qu’il puisse, si c’est le moment juste, vivre une véritable prise de conscience.
Certains silences sont presque stratégiques : Je recevais une patiente de 37 ans qui pendant les 10 premières minutes du rendez-vous, déversait un véritable flot verbal « hypervitaminé », elle parlait à une allure folle, sans s’arrêter, juste le temps de reprendre sa respiration. Au commencement de chacune des séances, sa vie était décrite comme palpitante, fabuleuse, riche en rebondissements et en émotions. Les 10 minutes écoulées, lorsqu’elle avait fini de dépeindre son tableau du succès, et terminait par un joyeux : « voilà! ». Si à ce moment là, je l’avais tout de suite relancée ou lui avais posé une question pour préciser un détail de son récit, nous serions alors tombées dans une « discussion » qui n’aurait pas eu de portée thérapeutique. A l’issue de ces fameuses 10 minutes de « tout-va-bien », je choisissais au contraire de rester silencieuse. Le regard neutre, en attente qu’elle pose son masque quand elle serait prête. C’est ce silence bienveillant, véritable miroir, qui lui permettait de cesser de se mentir à elle même et d’avancer réellement.
Idée reçue n°2 : La thérapie va me transformer
La thérapie ne fait pas de vous quelqu’un d’autre. Bien au contraire. Un accompagnement réussi, c’est une plus grande liberté pour exprimer et pour vivre pleinement celui ou celle que vous êtes déjà, mais qui pour le moment, se sent enchaîné, entravé, gêné par quelque chose.
Chez certaines personnes, à l’issue de leur thérapie, l’entourage peut avoir l’impression de constater une grande « transformation », mais le mot est inexact. Le plus souvent, c’est d’une libération dont il s’agit. On ne devient pas chat s’il l’on est labrador. Seulement, on peut un beau jour réaliser qu’on portait une muselière pendant des années et qu’elle était devenue si « habituelle », si normale, qu’on en avait oublié sa présence. Ce qui semble évident lorsque la muselière tombe, c’est que l’expression est différente ! Pourtant, est-ce une transformation ? Non. Ce n’est qu’un retour à l’état « sain ».
Idée reçue n°3 : Si je travaille sur moi, on finira par se séparer avec mon/ma conjoint(e)
Vous aurez surtout beaucoup plus de clés et de ressources pour comprendre ce qu’il se passe en vous et dans votre couple. Le seul moyen pour que votre histoire se solde par une séparation, c’est si vous constatez par vous même que vous vivez avec une personne qui ne vous correspond pas.
Beaucoup de conjoints sont ravis de constater que depuis le travail thérapeutique, leur femme ne se met quasiment plus en colère mais exprime calmement son désaccord sans jamais tomber dans le jugement. Beaucoup sont soulagées de constater que la jalousie maladive de leur mari n’est plus qu’un souvenir dans leur histoire.
Il suffit souvent de communiquer avec l’autre, et quelquefois, vous pourrez même constater que l’envie naît chez lui/elle d’aller à son tour prendre soin de soi : (thérapie ou développement personnel) parce que « moi aussi, après tout, je veux me sentir plus épanoui ».
Par contre, il est vrai que si l’équilibre de votre couple repose sur les bases du triangle dramatique (Persécuteur, Victime, Sauveur), il y a de fortes chances que le jeu malsain cesse avec l’avancée de la thérapie.
Exemple : Si vous êtes dépressive depuis des années, que votre conjoint vous a toujours connue comme ça, que d’une certaine façon (inconsciemment souvent), cela lui convient bien, et que son « rôle » dans votre histoire est d’incarner le Sauveur… Je vous laisse imaginer ce qu’il peut advenir le jour ou vous allez mieux.
Pour résumer : Non, la thérapie ou le développement personnel ne nuira pas à votre couple si celui ci n’est pas déjà gangréné. L’avancée du travail pourra par contre révéler cette gangrène et il vous appartiendra donc de choisir si vous souhaitez ou non continuer votre histoire amoureuse. N’oubliez pas aussi qu’il existe la thérapie de couple…
Idée reçue n°4 : On fini plus névrosé qu’avant
Qui n’a pas en tête cette phrase de Coluche ? : « Avant, je faisais pipi au lit, et j’en avais honte; maintenant, je vois un psy, je fais toujours pipi au lit, mais j’en suis fier ».
En effet, quelquefois, le fait de prendre conscience de certaines choses ne suffit pas à faire « disparaître » le symptôme, mais permet tout au moins de mieux vivre avec. Une chose certaine : on ne devient pas « plus névrosé qu’avant ». Il peut y avoir une phase en thérapie où l’on passe d’un flou à un flou encore plus grand, mais ce n’est que très passager et c’est justement le fait d’être allé jusqu’au maximum de ce flou qui permet par la suite au brouillard de se dissiper pour laisser place à une plus grande clarté des émotions et des idées.
Il arrive aussi que le patient, à « fin » de sa thérapie, se mette de nouveau face une situation à problème. C’est très courant, et c’est en général plutôt sain : Quoi de plus sécurisant que de pouvoir se prouver qu’à présent, il peut dire « Non » à la situation qui a un moment lui aurait posé problème ? C’est un désir de l’Inconscient que de se mettre à l’épreuve rapidement pour se tester : Est-ce la réaction automatique qui va survenir ou est-ce un choix éclairé est réfléchi qui va primer ?
Idée reçue n°5 : Si je vais voir un psy, c’est que je suis incapable de m’en sortir seul(e)
C’est même tout le contraire ! Le thérapeute est là pour vous rappeler que le trousseau de clés, c’est VOUS qui l’avez, pas lui. Il sera là pour que vous réalisiez à quel point vous avez toutes les ressources nécessaires pour vous en sortir seul(e).
Le rôle du Psy n’est pas de vous donner la recette du gâteau puisque vous n’êtes pas assez doué pour le faire par vous même. Et puis quelle recette ? Quel gâteau ? Vous et uniquement Vous, le savez. En revanche, vous pouvez grâce à l’aide du psy, vous souvenir de cette fameuse recette dont vous seul(e) avez le secret.
Personne ne fera le travail à votre place. Le thérapeute ne va pas vous infantiliser, vous plaindre, vous dire quoi faire, et quoi dire, et comment réagir, etc… Si vous allez voir un psy, c’est que vous avez justement envie de vous en sortir seul(e), grâce à vos propres solutions, et que votre courage vous pousse à vous prendre en main pour avancer.
Idée reçue n°6 : La thérapie, c’est pour les gens riches
Une grande partie de l’efficacité de l’accompagnement thérapeutique se trouve dans le fait qu’il faille payer, et payer « de sa poche », et payer une certaine somme qui ne soit pas dérisoire.
Poser son billet sur le bureau en début (ou en fin de séance selon les psys) c’est miser sur SOI et sur l’importance qu’on apporte à notre mieux-être. La psychothérapie n’est absolument pas « juste pour les riches ». A contrario, le problème est plus délicat pour un patient qui gagne très bien sa vie : si au moment où il pose son billet, il ne mesure pas la valeur de ce qu’il laisse puisque la somme représente pour lui des « clopinettes », quel sera son engagement dans la cure ?
Si le prix de la séance reste peu coutant pour le patient, il risque alors de s’installer bien confortablement dans la thérapie et dans son rôle de victime et de ne rien mettre en place pour terminer sa cure psychothérapique. Oui, la thérapie doit « coûter ». Non, elle ne doit pas vous mettre en difficulté financière et vous dépouiller, mais permettre un réel investissement. C’est un des gages de sa réussite.
Idée reçue n°7 : Le Psy va me trouver des problèmes là où je n’en avais pas
Bien heureusement non ! Le thérapeute ne va pas vous scanner et vous sortir une liste de tout se qui cloche en vous ! C’est vous qui choisirez d’aborder les points qui aujourd’hui, vous entravent.
Quelquefois, le patient arrive en séance avec plusieurs problèmes qui semblent sans liens les uns avec les autres, alors qu’ils viennent de la même source, du même blocage.
Autre cas de figure : le patient souhaite avancer sur un problème en particulier, et c’est l’histoire de l’arbre qui cache la forêt : Le patient n’a pas toujours conscience que c’est « autre chose » qui est à l’origine de son mal-être. Cela ne veut pas dire que la découverte du problème sous-jacent va s’avérer douloureux et compliqué.
Seulement vous allez, à votre rythme, ouvrir peu à peu les oeillères qui vous empêchaient d’avoir une vue d’ensemble sur votre situation.
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En espérant que ces quelques éclairages puissent rétablir un peu plus de vérité et de faits dans tout un tas de fausses croyances, et vous permettre de ne plus rester campé sur des « On-dit »…
Jessica Maurin